La vie de Marie de Romieu est très peu connue. Elle a livré deux ouvrages, dont des Œuvres poétiques contenant toutes sortes de poèmes fantaisistes et un Manuel d'instruction pour les jeunes dames.
Un habillé de gris va, de nuit et de jour,
Or deçà, or delà, quémander à son tour
Des vivres pour passer la nuit et la journée ;
La nuit, quand il n'a pu faire bien sa dinée,
Le jour, quand il se voit hors de bruit écarté.
Il aime mieux la nuit que la belle clarté.
Mais, hélas ! il n'a pas sitôt passé la porte
De son petit couvent qu'un ennemi ne sorte,
Tire-laine1 rusé, ayant guetté longtemps
Avant que d'exercer son cruel passe-temps
Contre lui, qui ne veut avoir que la passade
Et apaiser sa faim, sans faire à nul cassade2.
Sitôt que ce pauvret a de loin aperçu
Son mortel ennemi, se voit mort et déçu3.
Une froide sueur lui coule dans les veines,
Et ne sait comme doit éviter tant de peines,
Contre un si coléré. Or s'élance deçà,
Et or, vite-courrier4, guinde5 ses pas delà.
Ce galant, qui ne fait autre état que surprendre
Ses pareils compagnons, sait comme faut les prendre,
Sait ses tours et détours, et sait encor comment
Bientôt il doit souffrir la mort, en payement
De l'avoir rencontré. Ô sinistre rencontre !
Cependant ce chétif devant lui se rencontre
Pensant de se sauver, l'autre le prend soudain
Et met sur son collet sa graffinante6 main,
Puis se joue de lui et se rit de sa perte7.
Mais, s'il a de quelqu'un la face découverte,
Le rempoigne soudain, grondant entre ses dents,
N'ayant nulle pitié de ses petits enfants.
Ains8, s'il avait encor toute sa géniture9,
Tâcherait d'en finir la semence et nature.
Quand il voit qu'il reprend10 en soi quelque vigueur,
Alors change son ris en cruelle rigueur :
En pièces vous le met, déchiré le dévore,
Tant il est inhumain. Son Seigneur l'en honore,
Le chérit, le caresse et le tient près de soi,
Qui, saoul pour quelque temps, aussi demeure coi.
Vous le verriez après qui de sa cornemuse
Semble s'en réjouir, les assistants amuse11.
Dis-moi doncques, lecteur, qui est ce chétif là,
Dis-moi encor qui est celui qui l'étrangla,
Et je t'estimerai le grand Dieu des Poètes,
Des hommes et des Dieux les communs interprètes.
C'est.................., quand.................................
1. Tire-laine : voleur.
2. Cassade : mensonge.
3. Déçu : trompé.
4. Courrier : porteur de dépêches à grande distance.
5. Guinde : guide.
6. Graffinante : griffue.
7. Sa perte : celle de la victime.
8. Ains : mais.
9. Géniture : progéniture.
10. Il reprend : désigne ici la victime.
11. Vous le verriez [...] amuse : le passage signifie que l'assassin, désormais tranquille, profite tranquillement de la musique avec les autres convives.
Source : https://lesmanuelslibres.region-academique-idf.frTélécharger le manuel : https://forge.apps.education.fr/drane-ile-de-france/les-manuels-libres/francais-seconde/-/tree/master?ref_type=heads ou directement le fichier ZIPSous réserve des droits de propriété intellectuelle de tiers, les contenus de ce site sont proposés dans le cadre du droit Français sous licence CC BY-NC-SA 4.0 